18 mars – 28 mai 1871 · Montmartre / Hôtel de Ville, Paris
La Commune de Paris

Le 18 mars 1871, vers trois heures du matin, des soldats du général Lecomte montent sur la butte Montmartre pour saisir les canons de la Garde nationale, parqués près de l'actuelle place Saint-Pierre. Le matériel devait être tiré par des chevaux : il n'y en avait pas. Le temps que l'attelage arrive, le quartier se réveille. Femmes, ouvriers et gardes nationaux entourent la troupe, les soldats fraternisent, et la journée s'achève dans le sang.
Les canons de Montmartre et la fuite du gouvernement
Au sortir du siège de Paris par les Prussiens, la capitale conserve plus de 200 canons financés en partie par souscription populaire. Adolphe Thiers, chef du pouvoir exécutif, veut les récupérer pour désarmer une ville frondeuse. L'opération du 18 mars tourne au désastre. Les généraux Claude Lecomte et Clément-Thomas sont arrêtés par leurs propres hommes, puis fusillés rue des Rosiers, sur la butte. Thiers ordonne aussitôt l'évacuation de l'armée et de l'administration vers Versailles. Paris reste aux mains du Comité central de la Garde nationale.
Soixante-douze jours de gouvernement révolutionnaire
Le 26 mars, des élections désignent un conseil de la Commune, proclamé le 28 mars devant l'Hôtel de Ville pavoisé de rouge. L'assemblée vote des mesures concrètes : séparation de l'Église et de l'État, abolition du travail de nuit des boulangers, remise des loyers impayés, moratoire sur les dettes. La gestion d'ateliers est confiée à des coopératives ouvrières. Des figures émergent, comme Louise Michel, institutrice et ambulancière, ou le journaliste Jules Vallès. Mais la Commune reste divisée entre jacobins, blanquistes et partisans de Proudhon, et elle ne contrôle guère que Paris.
La Semaine sanglante, 21-28 mai 1871
Le 21 mai, les troupes versaillaises commandées par le maréchal de Mac Mahon entrent dans Paris par la porte de Saint-Cloud. Pendant sept jours, la ville se couvre de barricades. Les combats progressent d'ouest en est, quartier par quartier. Les communards incendient les Tuileries, l'Hôtel de Ville et la Cour des comptes ; les Versaillais fusillent par milliers. Le 27 mai, les derniers défenseurs tombent au cimetière du Père-Lachaise, contre le mur sud-est devenu le mur des Fédérés. Le bilan exact reste débattu : les historiens retiennent aujourd'hui une fourchette de 6 000 à 10 000 morts du côté communard, longtemps surévaluée à 20 000 ou 30 000.
Ce que Montmartre garde de 1871
L'emplacement des canons est aujourd'hui dominé par la basilique du Sacré-Cœur, dont la construction fut décidée en 1873 par l'Assemblée nationale en réparation des « malheurs de la France » — une initiative que beaucoup perçurent comme une revanche sur la Commune. La première pierre fut posée en 1875, l'édifice consacré en 1919. Au Père-Lachaise, le mur des Fédérés reste un lieu de commémoration. Quant aux condamnés survivants, comme Louise Michel, beaucoup furent déportés en Nouvelle-Calédonie avant l'amnistie de 1880.
Le saviez-vous ? Le drapeau rouge ne fut pas le seul emblème de la Commune. Beaucoup de communards, héritiers de 1789 et 1848, combattirent aussi sous le drapeau tricolore, qu'ils estimaient confisqué par Versailles.
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